Cheminement féministe

Ça peut sembler étrange d’entamer un blog comme ça, mais je vais commencer par raconter ma vie. Une personne qui me suivait sur twitter m’a soumis l’idée, et ça m’a semblé être une évidence. Il est probable que la majorité des personnes qui liront cet article me connaissent déjà d’une manière ou d’une autre et expliquer comment j’en suis arrivée à être celle que je suis et à faire ce que je fais aujourd’hui me semblait être un bon exercice, notamment pour me familiariser à l’écriture d’articles.

On va parcourir l’histoire de mon militantisme et particulièrement de mon féminisme : préparez vous une infusion, ça risque d’être un peu long…

Retour aux sources…

Lorsque j’étais ado, j’ai côtoyé les milieux punks et métals alsaciens, principalement en allant à des concerts et festivals. Ces milieux se composent principalement d’hommes et j’en était donc entourée. Cette situation avait quelque chose de galvanisant, je me sentais différente des autres femmes, j’avais le sentiment malsain d’être mieux qu’elles, parce qu’acceptée parmi les hommes. Je prenais les femmes pour des rivales, et les hommes aussi ; puisque je devais prouver que j’étais aussi bien, si ce n’est mieux qu’eux pour être accepté dans leur monde. Cette surenchère pouvait se traduire par des comportements autodestructeurs comme une consommation élevée d’alcool ou une tendance à vouloir se battre. J’avais très peu d’amies pendant de longues années.

Après le punk et le métal, j’ai élargit mes horizons en découvrant le monde de la techno. Les femmes y étaient un peu plus nombreuses mais toujours moins que les hommes. C’était un univers tout aussi teinté d’hypocrisie que le punk. C’est une période où je commençais à identifier les comportements sexistes autour de moi, et j’étais naïvement choquée d’en observer dans les milieux underground.

A la conquête de la ville…

Après avoir eu mon bac en 2012, je pars de chez mon père où je vivais jusqu’alors (dans un village alsacien) pour emménager en colocation à Strasbourg. J’entamais une licence de design. Pendant mes longues années de fac, j’ai commencé à découvrir et à côtoyer le milieu militant strasbourgeois ; d’abord principalement dans les soirées et évènements culturels puis de manière plus active dans les actions politiques, notamment dans les mobilisations étudiantes.

Ma première discussion de fin de soirée sur le féminisme

Je me souviens comme si c’était hier de la première fois qu’une discussion de fin de soirée à basculé en débat sur le féminisme. J’étais avec deux potes et à l’époque je ne me revendiquais pas féministe même si, avec le recul mon comportement et mes idées l’étaient déjà. Je devais avoir 19 ans et j’avais arrêté depuis pas mal de temps de m’épiler l’hiver et ne le faisait qu’en de rares occasions. Sans y voir une revendication féministe, principalement parce que j’avais la flemme et que je n’avais pas envie de m’infliger ça. Ce soir là : on a parlé épilation des femmes, personne ne sera étonné que la question des poils des hommes ait été balayée d’un revers de main…

L’un de mes potes m’expliquait en long en large et en travers pourquoi il ne pourrait pas avoir de relation avec une meuf qui ne s’épile pas (ça devait être en 2013, j’ose espérer qu’il a évolué depuis) et l’autre rétorquait simplement de temps en temps qu’il s’en fichait. J’ai finis par le questionner sur ses propres poils et évidemment, la discussion a basculé sur le féminisme. Je me souviens que ce calvaire s’est conclue sur une de mes réflexions. J’expliquais qu’il y a quelques années je ne me définissais pas comme féministe mais que j’y avais déjà une certaine sensibilité, qu’aujourd’hui je me définissais comme féministe mais que je n’étais pas forcément d’accord avec tout, notamment avec certaines féministes que je trouvais trop radicales… (Vue de 2020, ça ressemble à une blague.) J’ajoutais cependant que je pensais que ça évoluerait à l’avenir, j’avais raison.

Le début du cauchemar

Quelques mois après, je reprend contact avec un pote avec qui j’avais eu une courte relation qui s’était mal finis. C’était une erreur mais à cette époque, je me sentais très seule. On décide de se revoir, il vit dans une autre ville alsacienne. On se remet très vite ensemble et nous voyons à l’occasion d’un rassemblement de soutien aux proches de Rémi Fraisse qui venait d’être tué par la police sur la ZAD de Testet. Le rassemblement a été interdit et dispersé à coup de gaz lacrymogène. Un de mes potes se retrouve en GAV et il s’agit d’obtenir des nouvelles. Le fait qu’il soit avec moi pendant cette après midi là me donne l’impression que ce mec acceptera et soutiendra mon militantisme, qui a au fil des années eu une place grandissante dans ma vie.

Il est dans une situation compliqué, les circonstances font que rapidement et sans que ça ne puisse être discuté, il emménage dans ma coloc. Assez vite, il se montre possessif et je me retrouve isolée. Nous sommes constamment l’un sur l’autre et ma vie finis par se résumer à lui et à mes études. Nous sortons peu d’autant que nous sommes tous les deux très précaires, on prend de la drogue ce qui n’arrange rien et les engueulades finissent par être fréquentes. De dispute en dispute, le cycle de la violence est en place et je mettrais trois ans à m’en sortir. Des années durant lesquelles je subirais des violences physiques et psychologiques. Je parlerais de la stratégie de la mise en place des violences conjugales dans un prochain article.

Je me considérais comme féministe dès le début de cette relation et je pensais naïvement que le fait de me revendiquer comme tel allait avoir une sorte de pouvoir, que cela me servirait de bouclier face aux relations toxiques avec les hommes. Je pensais, toujours naïvement, que je saurai reconnaître les signes, d’autant que ma mère subissait au même moment les violences conjugales de la part de son conjoint. Comment pouvais-je me laisser prendre au piège ?

Quand j’ai compris, ça a déclenché une certaine apathie, je m’en suis voulu et pendant plusieurs moi je suis restée passive à cette situation désastreuse. J’ai fais une première tentative pour m’en sortir pendant les mobilisations contre la loi travail de 2016, qui ont été pour moi un échappatoire à l’isolement pendant quelques semaines. Je participais à toutes les actions que je pouvais, c’était autant d’excuses pour ne pas rentrer chez moi et ne pas être confronté à lui, même si du même coup mon absence attisait les tensions.

La mobilisation a pris fin, et je suis retournée à mon isolement. Puis, très vite, j’ai du partir dans plusieurs villes françaises pour des entretiens visant à intégrer des écoles d’arts en cours de cursus, je venais de valider ma licence et je cherchais à quitter Strasbourg en ayant le secret espoir qu’il ne me suivrait pas. Mais, j’ai eu des soucis avec l’administration de ma fac, et du mettre en pause mes études pendant un an. Je suis donc resté avec lui, je me suis embrouillée avec ma famille, me suis retrouvée avec encore moins de ressources et j’ai du rester à Strasbourg pour travailler. Pendant cette année là, je passais tout mon temps libre à lire sur le féminisme et les autres luttes sociales, ou à regarder des vidéos youtube sur des sujets similaires. C’est aussi l’année où je suis devenue vegan.

A la fin de l’année 2017, je me suis à nouveau retrouvé à voyager pour faire des concours d’entrées, j’avais désormais officiellement ma licence en design. J’ai toujours aimé voyager et ces expéditions souvent laborieuses ont entraîné une seconde tentative pour m’éloigner de lui et me rappeler que je savais être indépendante. En août, je suis partie seule au festival d’Aurillac en stop, comme je l’avais déjà fais avant notre relation. Ce voyage ma permis de me détacher, de me rendre compte qu’après des années à être sans cesse dévalorisée, je pouvais encore m’en sortir par moi-même. Que j’étais toujours forte mais que je n’en avais simplement plus conscience.

En septembre, je débute mon master de design projet à Strasbourg et intensifie fortement mon intérêt pour le militantisme qui me suivait déjà depuis mon adolescence. L’ensemble des projets que je réalise pendant cette formation sont imprégnés de mon idéologie qui se développe au rythme de mes lectures et de mes rencontres. Je choisis comme sujet de mémoire les écritures militantes dans l’espace public et me lance à corps perdu dans cette recherche. Ma relation avec cet homme toxique et violent est toujours en cours, mais elle prend de moins en moins de place dans ma vie et dans mon esprit.

Il était évident que la fin entre nous était proche et ça se matérialisait parfois par des disputes d’autant plus violentes. Les mobilisations contre parcoursup ont commencé et je m’y suis lancée à corps perdu. J’y consacrais tous le temps que je ne consacrais pas à mes cours et très vite je ne rentrais plus chez moi que pour dormir et travailler sur mon mémoire. J’ai rencontré des gens avec qui j’ai aussi commencé à sortir, j’ai repris contact avec des potes d’avant et je suis enfin sortie définitivement de l’isolement. J’ai rompu avec cet homme et malgré que nous ayons encore dû cohabité a cause de la précarité qui l’empêchait de partir tout de suite, j’ai commencé à vivre ma vie en cessant de considérer qu’il en faisait partie.

D’un point de vue féministe, ces mobilisations ont été révélatrices. J’ai commencé à chercher la compagnie des femmes, que j’évitais auparavant. J’ai compris ce qu’était la sororité et j’ai également compris que c’est principalement en étant guidées par elle que notre lutte contre le patriarcat pourra être menée à bien. Concrètement, je considère que le militantisme a sauvé ma vie, ça a été une porte de sortie alors que je ne voyais pas d’issue.

Twitter, une résurrection…

Pendant les mobilisations, j’ai découvert que de nombreux militants se servaient de twitter et j’ai commencé à l’utiliser. Je suis longtemps restée simplement observatrice avant de commencer à interagir dans les commentaires. D’abord en parlant de véganisme, sujet avec lequel j’étais plus à l’aise, sans doute parce que ça me touchait moins. Progressivement je suis allée vers le féminisme et à la fin de l’été 2018 je commençais à twitter, du shitpost mais aussi des réactions à des propos sexistes. J’ai parlé dans le vide pendant plusieurs mois.

Après cette fin d’année très active, j’ai enfin obligé mon ex à partir et j’ai voyagé tout l’été. La rentrée arrivé, je ressentais le besoin de retrouver des activités militantes, j’ai participé à des actions étudiantes, à l’organisation d’une manif pour le climat et d’autres actions liées, mais surtout je me suis tournée vers le street art. J’ai collé des illustrations dans la rue sur différents supports. C’était une période d’expérimentation hyper motivante.

Au début du mois de janvier 2019, je termine mon mémoire dont le sujet sera finalement : L’espace public, théatre d’une lutte de visibilité entre capitalisme et luttes sociales. Après ce long travail, je prenais confiance en mes idées, en ma manière de les expliquer et surtout je prenais confiance en mon écriture qui m’avais longtemps complexée et freinée dans cet exercice. Je dois me mettre à la recherche d’un stage qui est la substance de mon dernier semestre de master. Je n’y arrive pas. Je m’oblige à rester chez moi jusqu’à ce que je trouve un stage mais n’arrive même pas à commencer à chercher. Je n’ai pas fais de portfolio, je n’ai pas actualisé mon cv ou écris la moindre ligne de lettre de motivation. Après un mois de grosse déprime, enfermée chez moi en ne faisant absolument rien d’autre que traîner sur twitter. Je prend la décision qui va changer ma vie. Partir de Strasbourg et abandonner ce master qui n’allait plus rien m’apporter d’important à mes yeux ne souhaitant pas travailler dans le graphisme dans une entreprise.

Ma pratique du design graphique à toujours été militante, quel que soit les sujets abordés et elles le sera toujours. Je préfère très largement travailler chez Lidl comme je le fais actuellement, plutôt que d’avoir l’impression que cette pratique est dénaturée. Ca peut sembler absurde de se priver comme ça de potentiels emplois bien mieux payés et de biens meilleurs conditions de travail, mais je le ressentirai comme une trahison à moi même.

Il me faut un nouveau projet.

Les expérimentations que je faisais dans la rue me donnèrent l’idée de partager ce travail autrement (même si je souhaite aujourd’hui revenir un peu vers la rue, j’en reparlerai…). Je travaillais beaucoup sur la typo et expérimentais la broderie ; une amie voyant la typo d’un ACAB me dit qu’elle le verrait bien broder sur un col. Je lui ai rétorqué que ce serait génial de le broder sur des culottes ! Quant elle m’a répondu qu’elle m’en acheterait une direct si je le faisait, j’ai su ce qu’il me restait à faire.

J’ai créé antipatriarcame pour vendre des culottes brodées ACAB.

Le nom de la boutique est presque un présage de la suite. Lors de mes voyages, je me suis souvent retrouvée à Marseille, et c’est une ville que j’aime énormément. J’y ai pris une photo de mon ombre au dessus d’un pochoir sur lequel on peut lire « patriarcrame ». C’est la petite graine qui a fait qu’un jour, alors que je cherchais un nom pour la boutique devant une feuille blanche, « antipatriarcame » m’est apparu comme une évidence. Début mars, je prenais la décision de quitter Strasbourg et début juin j’emménageais à Marseille… Je n’arrivais plus à me sentir bien en sachant que mon ex vivait dans la même ville. C’est aussi à ce moment là que je décidai d’arrêter de boire de l’alcool.

La période qui a suivit la fin de rédaction de mon mémoire a été celle où j’ai commencé à écrire des threads sur twitter. Je me retrouve avec environ 500 personnes qui suivent ce que je fais que ce soit sur twitter ou sur instagram. Je commence à m’installer tranquillement à Marseille, et mes réseaux sociaux finissent par se mêlées les uns aux autres, si bien qu’antipatriarcame n’est plus une boutique d’illustrations mais devient une sorte d’entité qui parle de militantisme.

A partir de la, tout à évolué très vite.

Ca a été une expérience hyper enrichissante de revenir sur le passé, d’essayer d’identifier comment et pourquoi je suis devenue celle que je suis aujourd’hui. En plus de me permettre d’être fière de moi aujourd’hui, je m’en sers également pour faire évoluer ma manière de militer au quotidien, à l’aune des blocages et doutes que j’ai moi même eu au cours de ce long parcours qui est bien loi de toucher à sa fin.

C’était pas du tout prévu que je parle de ça à la base, mais ce n’était simplement pas prévu que je me fasse bannir de twitter.

Nous sommes le 13/12/19, je sors du boulot et comme à mon habitude, je checke mes notifications sur twitter en rentrant chez moi. Je scrolle vers les dernières quand je comprend que quelque chose ne va pas. Je vois des messages qui parlent de moi, qui expliquent que j’ai été ban ou suspendu. C’est avec les discussions de personnes qui me suivaient sur twitter que je comprend que j’ai été banni. A priori, ielles se demandent pourquoi, ce qu’il a bien pu se passé, et en les lisant, je me pose exactement les mêmes questions. Je teste de liker et de commenter un post, twitter m’affiche simplement un pop up disant ceci : « Votre compte (@_aladex) est actuellement suspendu. Pour plus d’informations, veuillez vous connecter sur twitter,com, ». C’est évidemment ce que je me suis empressée de faire en arrivant chez moi, pour découvrir que je n’avais en réalité aucune information. J’avais apparemment enfreint les règles de twitter, et ils ne m’en diront pas plus. Je pense alors à checker mon compte de secours, que j’avais créé lors d’une précédente suspension, ou j’avais été suspendu, tenez vous bien, pour : sexisme anti-homme. Je découvre qu’il est lui aussi suspendu. En fait c’est simple, tous les comptes connectés sur l’adresse de connexion de mon téléphone ont été suspendu s’ils étaient aussi associés à mon numéro de téléphone (j’avais du le fournir pour récupérer mon compte lors de mes suspensions). Je précise également, qu’un autre compte, pas à moi celui là, a été suspendu pour la simple raison d’avoir été connecté sur mon adresse de connexion mais qu’il a été récupéré puisque pouvant justifier d’un autre numéro de téléphone. Je comprend que je ne vais pas pouvoir simplement recréer un compte, mais je comprend surtout que je viens de perdre ma tribune, mon lieu d’expression, mais aussi un lieu de partage et de relations sociales entre femmes et pour les femmes. Je suis dévastée. Comme je l’ai déjà expliqué plus tôt, twitter à été un à la fois un échapattoire/exhutoire quand ma vie ne me convenait pas et quand j’avais l’impression d’être écrasée sous le poids du patriarcat, mais ça a aussi été un lieu d’expérimentations qui m’a permis d’évoluer et de grandir dans ma vie perso mais surtout dans mon militantisme.

Les connards de fachos

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