La stratégie de mise en place du climat des violences conjugales.


Cet article est le premier d’une série qui traitera des violences conjugales. C’est un thème que je connais bien parce que je les ai moi-même vécu pendant une relation mais aussi comme dommage collatéral de celles qu’a subis ma mère de la part de son ex-conjoint. Il s’agira dans un premier temps de traiter de ce que sont exactement les violences conjugales et de la manière dont elles sont exercées ; mais je souhaite également aborder d’autres thématiques par la suite, comme la prise en charge policière, le traitement médiatique, traiter de différentes initiatives existantes ou potentielles pour aider les victimes, etc.

Cette série d’articles a également pour but de m’aider à exorciser une partie de mon histoire que j’ai encore des difficultés à accepter, j’ai d’ailleurs récemment traversé une période de déni ou je remettais en doute ce qu’il s’est passé. J’espère qu’écrire sur le sujet me permettra d’avancer. J’hésite encore à repartager l’ensemble de mon histoire comme je l’avais fait sur twitter à une époque où je me sentais beaucoup plus forte.


Les violences conjugales, c’est quoi ?

Si l’on en croit le site service-public.fr :

Les violences conjugales peuvent correspondre à des violences :

– psychologiques (harcèlement moral, insultes, menaces),
– physiques (coups et blessures),
– sexuelles (viols, attouchements, il peut y avoir viol même en cas de mariage ou de Pacs),
– ou économiques (privation de ressources financières et maintien dans la dépendance).



Lien entre l’auteur et sa victime

Il y a violence conjugale quand la victime et l’auteur sont dans une relation sentimentale. Ils peuvent être mariés, concubins ou pacsés. Les faits sont également punis, même si le couple est divorcé, séparé ou a rompu son Pacs.

Leur définition me semble tout à fait juste même si dans leur encart « hébergement », leur seule solution d’hébergement d’urgence est d’appeler le 115… Autant dire qu’il y a assez peu de chance d’obtenir un hébergement. Mais on traitera des solutions proposées par l’état dans un autre article.

Maintenant que l’on sait ce que sont les violences conjugales, on va pouvoir traiter de la manière dont elles fonctionnent, comment elles sont mises en place. Les violences conjugales fonctionnent sous la forme d’un cycle. C’est une stratégie qui est menée par les hommes afin de maintenir leur emprise sur les femmes. Cette stratégie n’est pas forcément consciente, ou pas totalement. Néanmoins, elle créée un engrenage qui empêche leurs victimes de les quitter. Cette stratégie accentue également l’isolement des victimes qui est mise en place parallèlement.

Le cycle de la violence se compose de quatre étapes :

1. Mise en place d’un climat de tension.

Cette tension est mise en place par les hommes au moyen d’excès colériques, de silences lourds, d’intimidations, de regards menaçants, etc. Elle a pour effet de mettre les femmes dans un état d’angoisse permanent, un état qui va s’accentuer à chaque nouveau cycle.

2. La violence.

C’est pendant cette étape de la stratégie que se manifeste la violence des hommes, et ce de diverses manières : physique, verbale, économique, psychologique, sexuelle, etc. Selon les cas, la violence peut toujours se manifester de la même manière ou bien être de différents types. La violence est à l’origine d’un sentiment d’injustice, d’humiliation et/ou de tristesse chez les femmes qui la subissent. On ne comprend pas comment on en est arrivé là et tout se passe très vite. Quand les cycles s’additionnent, on finis par développer un sentiment de culpabilité : pourquoi on ne la pas vue venir ? Pourquoi on a pas réussi à l’éviter ? Pourquoi on est pas partie avant ?

3. Justification de la violence.

L’homme va trouver des justifications à sa violence, se trouver des excuses. D’un coup, il n’est plus du tout le même, il change totalement d’attitude. Néanmoins, les justifications qu’il trouve ne servent qu’à le dédouaner. Dans certains cas, il va même jusqu’à accuser sa conjointe d’être responsable de ce qu’il va appeler un dérapage, ou un excès de colère. Souvent, il affirme aussi que c’est elle qui le rend fou, le pousse à bout. Il va très probablement aussi répéter que c’est la première fois que ça lui arrive, qu’il n’avait jamais touché aucune de ses anciennes copines. Il accentue alors le sentiment de culpabilité de sa victime.

Les femmes, qu’on construit socialement (qu’on éduque) pour prendre soin des autres, vont alors vouloir aider leur conjoint à changer, allant jusqu’à remettre en cause et minimiser la gravité des violences subis. Les violences conjugales ne sont alors plus perçues comme de la violence subis mais comme un problème du conjoint que l’on va régler à deux, puisque si nous sommes en couple, c’est bien pour traverser les épreuves ensemble…

Les femmes victimes vont alors se sentir responsables. C’est un processus bien huilé qui permet aux hommes de faire disparaître la colère et le ressentiment que les femmes éprouvent à leur encontre.

4. La réconciliation.

CertainEs appellent aussi cette période la « lune de miel » mais personnellement, je trouve ce terme particulièrement inapproprié. Les hommes violents usent de manipulation pour maintenir une emprise sur les femmes. Ils cherchent à se faire pardonner en demandant aux femmes de les aider à changer, en promettant d’entamer une thérapie (ce qu’ils ne font jamais) ou en allant jusqu’à menacer de se suicider. Ces comportements font naître de l’espoir chez les femmes qui vont vouloir les aider. Ils font également croire aux femmes que si elles changent d’attitude, si elles s’adaptent suffisamment, ça ne se reproduira plus. C’est évidemment une illusion.

Plusieurs cycles sont nécessaires à ce que l’on puisse ne serait-ce que comprendre que l’on se trouve dans une situation de violences conjugales.

L’isolement.

Les hommes violents sont très souvent aussi des hommes jaloux. Ils vont souvent chercher à avoir un regard sur les différents réseaux sociaux de leurs victimes. Se servir de n’importe quel « détail » pour que vous cessiez de voir telle ou telle personne, jusqu’à ce que vous finissiez par n’avoir plus que lui. Dans mon cas, avec le recul le premier « détail » fut d’être allé sur mon facebook, d’avoir lu mes messages avec un de mes exs qui me disait qu’il me trouvait belle sur une photo, qui me proposait d’aller boire une verre parce qu’il était quelques jours dans le coin et qui terminais son message par « je t’embrasse ». Il n’a pas supporté alors qu’il n’y avait absolument rien, je m’étais séparé de ce mec d’un commun accord parce qu’on s’entendait hyper bien mais que ça ne nous convenait pas d’être en couple, d’autant que dans ces mêmes messages, je déclinais l’invitation parce que j’étais en période d’examen et que j’avais trop de travail. Il est allé jusqu’à utiliser mon compte pour aller parler à ce mec… La seconde fois ne tarda pas, il se servit de cette histoire pour m’imposer de ne pas aller boire un verre avec ma meilleure amie de l’époque qui en avait déjà ras le bol que j’annule tous nos rendez-vous… La troisième, la dernière avant que je ne prenne plus l’initiative de vouloir sortir sans lui fut quand il m’empêcha à coup de menaces d’aller à un festival avec des potes. Il ira ensuite jusqu’à mettre un climat de tensions entre moi et ma famille, j’étais devenue totalement seule. Une fois l’isolement mis en place, il n’existe plus d’échappatoire, plus rien à quoi se raccrocher, et nombreuses sont celles qui pensent au suicide. Ce fut aussi mon cas. Si je devais placer un conseil ici, je pense que si vous voulez aider quelqu’un qui est victime de violences conjugales, une manière de faire peut être d’être présent, de ne jamais lâcher malgré les rendez vous annulés, les moments gênants parce qu’il y en aura si vous voyez la personne en présence de son conjoint, de rester disponible. Savoir qu’il y avait des personnes sur qui je pouvais compter, sortir de l’isolement est ce qui m’a permis de m’en sortir et d’un point de vue extérieur je crois que c’est aussi ce qui a aidé ma mère. Cependant, loin de moi l’idée de shamer celleux qui n’ont pas la force d’être présentEs ou qui ne perçoivent pas les signes extérieurs des violences (ils peuvent être particulièrement subtiles) : dans les violences conjugales, il n’y a qu’un coupable.

Je termine cet article en expliquant que j’ai choisi sciemment de parler des femmes comme victimes et des hommes comme bourreaux dans les violences conjugales. Je sais qu’elles ne concernent pas uniquement les femmes, que des hommes peuvent aussi en être victime, mais les proportions sont telles qu’ils seraient malhonnête de présenter les choses d’une autre manière. De plus, les femmes sont continuellement obligées de s’identifier à des hommes lorsque l’on traite de sujet qui concernent tous les individus, donc il serait particulièrement malvenu ici de me reprocher de mettre les femmes en avant. Elles sont 149 femmes à avoir été tuées par leur conjoint ou ex conjoint en 2019 ; malheureusement, certains hommes ont eux aussi été tués par leur conjointe ou ex conjointe, néanmoins nous sommes obligés de prendre en compte le fait qu’ils sont bien moins nombreux et que dans près de 30 % des cas, ils étaient eux mêmes violents.


Le sujet était un peu plus difficile à aborder que les semaines précédentes, c’est sans doute pour ça que cet article est plus court. On se retrouve la semaine prochaine pour un sujet plus théorique : Le féminisme, une affaire de femmes ? N’hésitez pas à me partager vos idées sur le sujet, c’est toujours très instructif.

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